L'Alambic sous les Tropiques
La Newsletter de l’Alambic - 06/07
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C'est l'hiver : labours... |
...compostage...
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...et savons |
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Bonjour,
Eh oui, il a fallu un certain temps. L'informatique, je ne suis pas un crack, j'écoute donc les conseils. Hélas, le logiciel qu'on m'avait conseillé ne m'a pas permis, une fois tout fini, de mettre le site sur le Net. Il m'a fallu tout refaire, comprendre le nouveau logiciel, etc. et le temps me manque. En plus il y a eu plein de nouveaux produits, donc de nouvelles pages. Et voilà, on est au coeur de l'hiver...Si l'hiver ! Si vous ne me croyez pas, venez voir, et emmenez vos polaires !
Pas de nouvelles huiles essentielles, mais cet hiver, nous allons distiller du pin, le pin patula, à aiguilles tombantes. J'y avais déjà pensé, mais sans trop savoir la valeur de cette essence. Et puis j'ai lu le dernier livre de Michel Sommerard qui la cite dans la liste de "huiles majeures de l'aromathérapie". Je lui laisse la responsabilité de ses dires et surfe sur la vague. Et puis le pin ça sent bon, alors je pense à de nouveaux mélanges parfumés, à de nouveaux savons....
Les savons, c'est la nouveauté de la saison. On a commencé avec un seau et un bâton pour touiller, et des boites à oeufs pour faire de petites boules, mais maintenant c'est des hôtels qui en veulent, les quantités changent, il va falloir s'équiper. On a aussi un bain de bouche, un dentifrice en poudre. L'huile de massage "Circulez !!", s'est divisée entre un nouveau "Circulez !!!", plus... circulatoire, et "Cuisse de Nymphe", plus amincissant. Le prochain produit sera peut-être une autre vieille recette : le liniment oléo-calcaire.
Une troisième secrétaire vient de me lâcher, à peine formée. Il va falloir recommencer ! Ma petite équipe de campagne va bien. Elle a prouvé son professionnalisme lorsque nous avons distillé la tagette. Il a fallu à nous tous assurer cinq distillations par jour plus trois sur le petit alambic, sur une durée d'un mois. Ca a coûté cher en café et soupes de pâtes chinoises ! Après, on a tout arrêté pendant une semaine.
Si vous voulez des détails, c'est en-dessous...
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LaTagette (extraits de mon journal)
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Les Malgaches l’appellent mavoadala « le jaune-fou » ou rongonin'akoho « la Marijuana des poulets ». Cultivé, il devient œillet d’Inde. Il sent la pomme verte et fixe les parfums. Il jaunit les friches et les doigts et déplace les alambics. Chaque année, il est l’enjeu d’une campagne où les acheteurs tentent de tirer l’alambic à eux pour récolter autant que possible d’une huile essentielle rouge et corrosive. On compte en tonnes.Nous approchons de Pâques.Déjà les petites fleurs jaunes émaillent nos champs. Les paysans attendent. Sans impatience. Le riz mûrit, il est prioritaire. Parfois ils passent se renseigner à la distillerie : achèterons nous, et à quel prix ?
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À
J-2, je réunis l'équipe. J’explique les enjeux puis tente de motiver
les troupes, relayée en malgache par Julien, que j’appellerai mon
contremaître, si ce mot n’était entaché de brutalité coloniale. Je suis surprise de leur adhésion : un enthousiasme total, enfantin, plein de rires et de joyeuses exclamations. J’ai envie de les embrasser. Nous mettons au point un premier planning. Dans les jours qui ont précédé, après avoir bouclé l’indispensable convention avec les Eaux et Forêts, nous avons posé des demandes d’autorisation dans les mairies concernées par notre cueillette. Julien a assuré le ravitaillement en bois de chauffe, et a informé les cueilleurs des villages les plus proches. Je passe à la banque chercher un stock de petite monnaie, et glisse dans mes poches des liasses de billets pas très présentables. La trésorerie me préoccupe car un cyclone au nord de l’île m’empêche de joindre mon client. |
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Le mercredi, la cueillette s’emballe. Comme il est dit dans les contes malgaches : « Ils venaient du Nord et du Sud, de l’Est et de l’Ouest ». Ils arrivent à pied pour la plupart, parfois en poussant des varambas, des chariots en bois chargés de plantes, ou encore sollicitant le concours de notre camionnette pour aller chercher la récolte d’un village lointain. Les tagettes ont été liés en gerbes, d’un fragment de sisal, d’un morceau de corde. Chacun dépose son butin dans un endroit qu’il repère, ajoute en signature une fleur ou un bout de chiffon, puis hommes femmes et enfants vont s’asseoir à l’ombre en attendant le début de la pesée. Les femmes donnent le sein à leurs petits, les enfants ne tardent pas à gambader vers la rivière. Oui, il y a des enfants. Non, je n’en rougis pas. Ils sont en vacances et ne ratent pas cette occasion de se faire de l’argent de poche. Nul ne les contraint, et quand ils cueillent avec leurs parents, c’est avec le fier sentiment de participer à l’économie familiale. |
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Julien pose sur la table son cahier, un stylo, la calculatrice, ceint sur ses reins la pochette qui contient l’argent, accroche à une barre transversale la balance à fléau. Puis assisté d’un de ses collègues, il pèse et note. Les ballots vont de 1 à 35 kilos, selon l’âge et la force du porteur, le plus petit appartenant à fillette de 4 ou 5 ans, dont l’apparition déclenche un rire tendre et protecteur chez les cueilleurs adultes Julien finit la journée lessivé. « On a acheté 8 tonnes » a-t-il juste la force de me dire. Samedi soir, quand j’arrive, les gars semblent mal à l’aise. Emilson, le second distillateur, me dit : « Le rendement baisse. Les tagettes qui sont dans le garage pourrissent.» Je jette un coup d’œil mais, dans le noir, ne peux que constater qu’il y en a encore beaucoup. Je dis : « Tant pis ! on va trier ce qui reste ». Emilson baisse le nez : « On a déjà trié, le bon, c’est ce qu’on distille » Pas de feu de bois, de pêche à la serpette au clair de lune ni de poisson grillé. Cette nuit est maussade, d’autant que l’odeur du tagette en fermentation rend le grenier inconfortable.(…)
Après quatre semaines de hauts et de bas, nous avons fourni 50 litres d'huile essentielle. |
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