L'Alambic sous les Tropiques

 

La Newsletter de l’Alambic    - janvier 2005  

                                                             

Bonjour,

Fin novembre, " L'Alambic sous les Tropiques" a fêté dignement son premier anniversaire autour d'un cochon de lait à la broche, avec un diaporama retraçant les étapes de la première année et un film sur nos activités, sans oublier les discours dont les Malgaches sont friands. Le mien m'a fait beaucoup souffrir, tant pour l'écrire que l'apprendre, en malgache !

 

 De gros orages ont inauguré la saison des pluies et avec elle l’explosion de la végétation, et la distillation reprend de plus belle. Nous avons interrompu la cannelle pour tester les plantes sauvages du coin, Rhus taratana et Psiadia altissima, deux petits arbres de la forêt dégradée,  deux plantes utilisées par les guérisseurs traditionnels.

Puis un peu de ravintsara (Cinnamomum camphora), mais il devient tellement cher qu’on a essayé de nous voler des sacs de feuilles dans la camionnette en marche.

Nos cultures, géranium et romarin ont pris la suite. Le poivre, le meilleur au monde, attend au grenier la mise au point d’un concasseur.

 

L’équipe agricole profite des pluies pour labourer et transplanter les boutures. Deux essais : la verveine et la baie rose. Nous commençons également un jardin botanique d’aromatiques, en plantant les arbres, plus longs à pousser, et une dizaine de basilics odorants. Les fêtes ont été ici discrètes. En cette période de soudure, le riz a atteint de tels sommets que le gouvernement a failli sauter. La consommation ne fut donc qu’un pâle reflet de la débauche américano-européenne. à peine vit-on quelques  Pères Noëls publicitaires, en shorts, rôder dans la capitale, et des sapins en synthétique vert fluo encombrer les trottoirs au côté de poupées manchotes dont le rose bonbon habillait mal la nudité . La joie était cependant au rendez-vous et les polyphonies jaillissaient spontanément, justes, même dans l’alcool.

Toute l’équipe vous adresse tous ses voeux de bonheur pour l’année qui commence !

Si vous êtes curieux de nouvelles huiles essentielles, des analyses et des échantillons sont à votre disposition. Ecrivez !

 

La « bonne feuille » ?

 

Depuis que je m’intéresse aux plantes aromatiques malgaches, je suis surprise du nombre de bêtises que j’ai pu lire, concernant le « Ravensara » .

Bien que certains en doutent, il existe à Madagascar deux plantes différentes, toutes deux de la famille des lauracées - une grande famille d’aromatiques ! - dont l’une est Cinnamomum camphora L., un camphrier de Chine introduit qui a fait quelques beaux peuplements. (Un distillateur, qui a vu les camphriers en Chine, dit que c’est une autre espèce. Encore une erreur ? A vérifier.)

Cette plante est appelée à Madagascar : ravintsara, « la bonne feuille ».

L’autre est Ravensara aromatica Sonnerat, une grande essence endémique qui se cache au cœur de la forêt pluviale, et tend à disparaître avec le recul de celle-ci. Le plus souvent, son nom malgache est havozo ou hazo manitra, bois odorant.

Il semble y avoir eu, dès la détermination et l’attribution d’un nom latin, une confusion avec la plante décrite ci-dessus, à moins que le nom de « ravintsara » (bonne feuille) ne soit attribué localement à différents simples, comme notre « herbe de la Saint-Jean », par exemple.

On en tire deux huiles essentielles, l’une de la feuille, l’autre de l’écorce, appelée soit « essence de havozo », soit Ravensara anisata.  Cette dénomination, qui a le mérite de la distinguer de l’essence de feuille, est due a une erreur du botaniste Danguy, qui a cru voir en cet arbre une espèce différente de celle décrite. L’erreur a été rectifiée, mais la plante a aujourd’hui un nouveau genre : Cryptocaria.

 L’affaire se corse en matière d’huile essentielle ! Car, je l’ai vérifié,

L’HUILE ESSENTIELLE TIRÉE DES FEUILLES DU CINNAMOMUM CAMPHORA DE MADAGASCAR EST L’HUILE ESSENTIELLE DÉCRITE SOUS LE NOM DE RAVENSARA AROMATICA
dans des livres de référence, comme l’Aromathérapie exactement de Franchomme. et Pénoël et peut-être bien avant eux.

Il faut donc se référer aux composants pour distinguer les deux huiles essentielles.

Celle du Cinnamomum camphora contient majoritairement du 1,8-cinéole, des monoterpènes (sabinène, a et b-pinène) et... dans le chémotype malgache, presque pas de camphre ! 

Son odeur fraîche rappelle l’eucalyptus. Elle a une grande valeur thérapeutique, en particulier sur les pro-blèmes viraux et la toux (à employer sans modération pour les crèves de l’hiver, car elle est immuno-stimulante). Sa tolérance cutanée est exceptionnelle.

Celle tirée du Ravensara aromatica a une odeur douce à la fois légèrement anisée et poivrée (si elle sens franchement l’anis, c’est R. anisata, très riche en méthylchavicol). Elle contient du limonène, du sabinène, du myrcène et du linalol.

 

 

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