L'Alambic sous les Tropiques

 

La Newsletter de l’Alambic    - août 2004    

                                                                

Bonjour,

C'est de Madagascar, où j'ai rejoint Mamy, mon associé malgache, que je vous écris désormais. La distillerie est à présent fonctionnelle, et nous venons de faire notre première "vraie distillation", après des essais qui ont ravagés les lantaniers environnants. Ne craignez rien pour l'espèce, c'est une envahisseuse.

Nous avons distillé de la cannelle écorce, qui a la vertu de faire chanter Roland, notre distillateur, un costaud capable de travailler 72 heures de rang, nous a-t-on dit, et le délateur d'ajouter : « il en buvait l'eau florale!»

 

 Auparavant, nous sommes partis dans notre engin militaire, voir ce qui se passait dans l’est, la zone des épices. Nos dos ont souffert, sur du goudron cassé, bien pire que les pistes de terre. Nous avons trouvé de la cannelle à Mananjary, du niaouli et du girofle vers Manakara, du poivre à Farafangana, mais pour ces derniers, la saison n’est pas commencée.

         

Restait à débusquer le gingembre, il se cachait au cœur de la forêt, que traverse fort heureusement une ligne de train.

Nous sommes rentrés avec un « échantillon » de cannelle. A l’analyse, elle se révèle excellente.

 

Il vous est sans doute difficile de comprendre la lenteur des choses ici, comme ce l’était pour moi quand j’étais à l’extérieur. Le stress au travail est certes étranger aux malgaches, mais d’autres facteurs entrent en jeu :

- Difficultés d’approvisionnement en dehors de la capitale. Un outil, un bout de tuyau peuvent bloquer les choses pendant un bon moment, même si, quand il s’agit de bricolage, les Malgaches ne manquent pas de créativité ni d’habileté.

 

- Difficulté des transports. Le moindre parcours se compte en heures, parfois jours. Et le carburant a pris 50 % en un an.

- Difficulté des communications : même si le portable se répand, le réseau a souvent des faiblesses et s’arrête à la sortie des villes. Les appels sont hors de prix, l’internet est d’une extrême lenteur due aux lignes. De plus l’habitude est au contact direct : le courrier , le fax sont loin d’être entrés dans les mœurs, sans parler du chèque ni du virement.

 

         

 

 

Vous avez dit Cymbopogon ?

 

 

Cela ressemble sûrement à une grosse touffe d’herbe...

A part cela , ce n’est pas simple ! De la citronnelle au palma rosa en passant par le lemon grass, tout est Cymbopogon, parfois encore nommé Andropogon, l’ancienne dénomination botanique. Mais Cymbopogon quoi ?

J’ai cru trouver la réponse dans un un vieux livre intitulé «Chimie des huyles essentielles» :

Il y a d’abord C. schoenanthus Spreng, dit «herbe à chameau», puis C. Iawarancusa Schult, qui serait peut-être le nard des Anciens et non pas C.nardus, comme son nom...)

 C. nardus, donc, est la citronnelle. Il serait un cultivar issu de C. confertiflorus Stapf ou herbe Mana. De ce cultivar existent deux variétés :

la première dénommé Maha Pengiri (ou Pangiri), vieille herbe citronnelle, ou herbe de Winter serait la citronnelle de Java,

la seconde, appelée Lana (ou Lena) Batu, ou nouvelle herbe citronnelle serait la citronnelle de Ceylan, moins riche en géraniol, mais appréciée des cultivateurs pour sa longévité.

Ensuite on trouve C. Flexuosus Stapf, herbe de Malabar ou de Cochin, qui donne une essence dite lemon-grass. Oui mais ... Une autre essence, celle de C. Citratus est également nommé Lemon-grass ! Quoique assez semblable, elle est moins riche en citral et moins soluble dans l’alcool que la première. Un troisième Cymbopogon de Malabar, plus petit, donne du «lemon-grass» : C. Coloratus Stapf.

 

 Voyons maintenant C. martinii Stapf, que ce livre précieux nomme ruta grass ou géranium grass. On en distingue deux  variétés : sofia et motia (il se pourrait, dit l’auteur, que ce soit deux états de maturité de la même espèce)

         

Dans les ouvrages modernes, C.martinii var. sofia, c’est le ginger-grass, C.martinii var. motia, le palma rosa. Restent C. Caesius, et C. Polyneuros Stapf, ou herbe de Delft, proches parentes de C. martinii.

 

Ouf ! Tout est clair ? Non !

Car Franchomme et Pénoël appellent C. citratus : citronnelle (ou verveine) des Indes, C. nardus : citronnelle de Ceylan, et

C Winterianus : citronnelle de Java.

Si l’on se dit que le «faux» lemon-grass est rebaptisé citronnelle des Indes, et que C. Winterianus est un nouveau nom botanique pour le Maha Pengiri, on s’y retrouve encore à peu près ! Ce n’est pas fini…

Bienheureux, pensais-je, le vétiver, seule grosse touffe « d’ herbe » a avoir échappé au genre Cymbopogon !

Enfin, je l’ai cru jusqu’au jour où j’ai lu sous la plume d’Yves Delange, botaniste émérite du Jardin des Plantes de Paris :

« Cymbopogon muricatus est une graminée vigoureuse dont les racines produisent le vétiver, huile essentielle très précieuse pour l’industrie de la parfumerie. » et un peu plus loin : « Andropogon schoenanthus est le palma rosa dont on extrait une huile essentielle couramment appelée essence de géranium indien... » Cette fois j’y perds mon latin !

A Madagascar on  trouve surtout C. Citratus, appelé localement : citronnelle !

 

 

la dernière newsletter

 

les autres newsletters

 

 

ACCUEIL